Cristina Madariaga, ou l’art de bâtir une entreprise
Je crois de plus en plus au fait de vivre ses convictions sans compromis.
À l’occasion des cinq ans de TASQ, Estelle, chargée de communication chez TASQ, a rencontré Cristina Madariaga pour revenir sur les débuts de l’entreprise, les années de croissance intense, la manière dont son rôle s’est construit avec TASQ et cette nouvelle phase que l’entreprise semble aujourd’hui vouloir ouvrir.
Construire TASQ en même temps que son propre rôle
Tu rejoins TASQ assez tôt dans l’aventure. Comment ça s’est fait ?
Au départ, je donnais simplement un coup de main à Paul le soir ou le week-end. Quand il crée TASQ en 2021, je travaille encore comme acheteuse dans une grande entreprise romande et j’étais enceinte de notre deuxième enfant.
Puis un jour, je lui ai dit : « Et si je rejoignais TASQ ? ».
Autour de nous, plusieurs personnes nous disaient que ce n’était peut-être pas une très bonne idée de mettre tous nos œufs dans le même panier. Et honnêtement… ce n’était pas complètement faux.
Mais en même temps, je pense aussi qu’il est très difficile de lancer une entreprise comme Paul l’a fait complètement seul.
Quand quelqu’un se lance dans une aventure entrepreneuriale aussi intense, une forme de solidarité finit souvent par se mettre en place autour : avec la famille, des associés, des proches… On avait besoin d’échanger, de confronter nos idées, de prendre parfois un peu de recul ensemble.
Du coup, on a construit ce binôme ensemble. Et je pense qu’il a très bien fonctionné, même si ça a aussi été fatigant à certains moments.
Finalement, ton rôle s’est construit en même temps que TASQ ?
Oui, complètement.
J’ai rejoint TASQ après la naissance de mon deuxième enfant. Je ne suis jamais retournée dans mon ancien poste après mon congé maternité.
Et honnêtement, quand je repense à mon rôle à cette époque, rien n’était vraiment structuré encore. Mon rôle était en train de se construire en même temps que l’entreprise.
Mon fils n’avait pas encore de place en crèche, donc j’ai beaucoup travaillé de manière très décousue : entre les siestes, le soir, le week-end, ou lorsque ma mère venait d’Espagne nous aider.
À côté de ça, je gérais énormément de choses très concrètes : recruter quand on avait besoin de renforcer l’équipe, trouver des solutions lorsqu’une collaboration ne fonctionnait plus, chercher de nouveaux bureaux quand les anciens ne convenaient plus, gérer des problèmes administratifs, trouver de nouveaux partenaires ou organiser certains déménagements.
Il y avait toujours quelque chose à structurer ou à débloquer. Quand j’y repense aujourd’hui, on revient quand même de loin.
Puis progressivement, surtout à partir de 2023, les choses se sont stabilisées et mon rôle s’est clarifié avec l’entreprise.
Aujourd’hui, quel est ton rôle chez TASQ ?
Mon titre officiel est “gestion d’entreprise”, mais ça reste très large. Aujourd’hui, je touche aux ressources humaines, à la communication, à la comptabilité, à l’organisation interne, aux appels d’offres, au suivi administratif et à certains sujets stratégiques.
J’accompagne aussi les chefs de projet sur certains sujets contractuels ou d’appels d’offres, et je prépare une grande partie des offres de TASQ.
Je crois que mon attachement à TASQ est un peu particulier, parce que j’ai toujours travaillé davantage sur l’entreprise elle-même que sur les projets.
Là où les chefs de projet ont leurs bâtiments, leurs opérations, leurs mandats… moi, j’ai surtout travaillé sur les fondations de TASQ.
D’ailleurs, c’est moi qui ai trouvé le nom TASQ, donc finalement mon empreinte était déjà un peu là avant même que je rejoigne officiellement l’entreprise.
Et avec les années, cette identité s’est clarifiée. Aujourd’hui, on sait très clairement qui on veut être : travailler main dans la main avec des clients institutionnels, privés ou publics, sur des projets où l’on peut apporter une vraie valeur ajoutée, notamment dans la rénovation qui reste notre cœur d’expertise.
Repenser la croissance pour préserver l’essentiel
TASQ fête ses cinq ans cet été. Quand tu regardes l’entreprise aujourd’hui, qu’est-ce qui a le plus changé depuis les débuts ?
Avec beaucoup de lucidité, je pense qu’on a grandi très vite entre 2021 et 2025.
Quand une petite structure fonctionne bien, il y a vite une forme d’engrenage : on accepte les projets, on veut être disponibles, on s’adapte énormément. À cette période, on disait très souvent oui. Oui aux changements de dernière minute. Oui aux urgences. Oui aux adaptations permanentes.
Je pense que ça a aussi permis à TASQ de se faire une place.
Mais avec le recul, je pense qu’on a probablement été ambitieux, optimistes… parfois un peu naïfs aussi. Par moments, c’est devenu lourd à porter. Et quand on travaille et vit ensemble, les préoccupations finissent forcément par s’inviter à table le soir ou pendant les vacances.
Avec le recul, je crois que TASQ a presque été une forme de sacerdoce pendant plusieurs années. Pendant longtemps, il y avait surtout TASQ… et les enfants. Tout le reste, la vie sociale, les loisirs, une certaine forme de légèreté, passait plutôt au second plan.
Fin 2025, vous faites pourtant presque l’inverse de ce que beaucoup d’entreprises recherchent : vous choisissez de réduire volontairement la taille de la structure.
Oui. Et honnêtement, ce n’était pas forcément une décision évidente dans notre secteur.
Après plusieurs années de croissance continue, on s’est demandé ce qu’on voulait réellement construire. Les projets ne manquaient pas. Au contraire.
Mais on sentait aussi que certaines croissances fragilisent davantage qu’elles ne renforcent.
On avait envie de préserver la qualité du travail, mais aussi les relations humaines, autant dans l’équipe qu’avec les clients.
Aujourd’hui, TASQ continue à travailler sur des mandats ambitieux, mais avec une structure volontairement plus réduite. Ça implique de sélectionner davantage les projets et de mieux maîtriser leur suivi.
Et avec le recul, je pense que cette limite volontaire est devenue une vraie force.
Après plusieurs années de croissance intense, qu’est-ce que vous cherchez à construire différemment aujourd’hui ?
Je crois qu’aujourd’hui, ce qu’on cherche surtout, c’est plus de maîtrise dans la manière de construire les choses.
L’idée n’est pas de faire moins ou de renoncer aux projets ambitieux. Au contraire.
On veut continuer à travailler sur des mandats exigeants, mais dans de bonnes conditions, avec une structure plus maîtrisée et plus durable.
On sait qu’en restant entrepreneurs, il y aura toujours des périodes plus intenses, des imprévus ou des moments où tout ne peut pas être parfaitement anticipé.
Mais on essaie de construire quelque chose qui laisse aussi davantage de place à une certaine liberté, à des projets personnels, et à une manière de vivre plus alignée avec nos convictions.
Je crois aussi qu’on devient plus radicaux dans nos choix. Aujourd’hui, on a envie de travailler avec des gens avec qui il existe une vraie relation de confiance et une bonne relation humaine. Pas uniquement parce qu’un projet est beau ou ambitieux.
Et je pense que ça change déjà beaucoup de choses au quotidien.
Même si le travail ne manque pas, il y a aujourd’hui un climat beaucoup plus serein qu’il y a encore quelques années. Et je vois très clairement que ça libère de l’espace mental.
Ça permet de réfléchir à autre chose aussi. Parfois à des choses très simples : prendre davantage de temps pour le sport ou apprendre peut-être le crochet avec mon fils.
Ce qui compte aussi, en dehors des projets
Tu parles souvent de maîtrise, d’équilibre et de liberté. Qu’est-ce qui t’aide concrètement à garder cet équilibre aujourd’hui ?
Le Pilates… et marcher.
J’ai fait des années de danse classique quand j’étais jeune et j’ai découvert le Pilates à 16 ans. Pour moi, c’est vraiment le sport santé idéal.
Et puis marcher aussi. Ça me vide la tête, ça me permet de réfléchir et de prendre un peu de recul. Par contre, je n’ai jamais aimé courir, les compétitions ou les courses. Ce n’est pas du tout ma personnalité.
Je crois qu’avec les années, j’ai aussi appris à apprécier davantage les choses simples et les moments calmes.
Aujourd’hui, ce qui me fait du bien, c’est aussi de me projeter dans des choses plus personnelles : organiser un voyage en Équateur pour aller voir une de mes amies d’enfance qui habite là-bas, imaginer quelques mois à Majorque avec mes garçons, ou simplement prendre davantage le temps de profiter des gens que j’aime.
Je me sens très touchée par tout ce qui concerne les enfants. J’ai parfois même plus de facilité à parler avec eux qu’avec les adultes.
C’est aussi pour ça que des associations comme Zoe4Life me parlent énormément. Au-delà de leur action, il y a une énergie humaine très forte qui se dégage des personnes qui portent ces projets. J’ai beaucoup d’admiration pour Natalie, qui a réussi à transformer un drame personnel en une force tournée vers les autres.
Je crois que je suis de plus en plus sensible aux personnes profondément alignées avec ce qu’elles font, avec leurs convictions, leurs valeurs. C’est probablement vers ça que j’ai envie d’aller aujourd’hui.
Qu’est-ce qui reste très présent chez toi de tes racines basques et espagnoles ?
La spontanéité, sans hésiter.
Cette capacité à appeler quelqu’un au dernier moment, à improviser un repas, à prolonger une discussion pendant des heures sans regarder l’heure. En Espagne, et particulièrement au Pays basque où une partie de ma famille vit encore, il existe un rapport au temps et aux relations humaines qui reste très important pour moi.
Il y a aussi des mots que je garde avec moi. Lasai, par exemple, qui signifie calme, tranquille. Mon grand-père nous le répétait souvent quand nous étions trop agitées.
Et puis sagutxu, “petite souris”, que j’utilise aujourd’hui avec mes enfants.
Quand tu imagines un endroit où tu te sens bien, tu penses à quoi ?
Au quotidien, probablement la forêt de Bois Genoud, là où se trouve l’école de mes enfants. C’est un petit bout de paradis à quelques pas de la civilisation.
Et plus loin, le Cap Fréhel, où vivent les grands-parents de Paul. Son grand-père cultive encore le jardin, on mange des mirabelles, on cueille des tomates, on nourrit les poules, on joue au ballon ou à cache-cache avec les enfants…
Et honnêtement, aujourd’hui, je crois que ça, c’est le vrai luxe.