CAROLE BOURGON, PARLER PLUSIEURS LANGAGES

Dans le bâtiment, s’il n’y avait pas de problèmes je n’aurais pas de métier.

Ingénieure formée à l’architecture, Carole Bourgon aime que les choses soient organisées et anticipées. Du moins au travail : en voyage, elle peut très bien partir avec un aller simple et improviser la suite. Un contraste parmi d’autres chez celle qui semble aimer naviguer entre des univers différents. Depuis un an chez TASQ, cette Jurassienne d’origine met surtout sa double culture d’architecte - ingénieure au service des projets : comprendre les contraintes des uns, les intentions des autres et trouver, entre les deux, le chemin qui permet d’avancer. Une posture qui lui va bien : Carole aime les problèmes, à condition de pouvoir chercher comment les résoudre.

Deux métiers pour apprendre à parler la même langue

Paris, Nantes, Milan, Strasbourg, Madrid… Avant de poser ses valises en Suisse en 2019, Carole a beaucoup bougé. À Centrale Nantes, où elle suit sa formation d’ingénieure, elle choisit un parcours encore rare : un double diplôme en architecture à Milan. Elle arrive en Italie sans parler italien et suit ses cours en anglais et en italien. Une difficulté supplémentaire qui ne semble pas vraiment l’effrayer.

Ce choix n’est pas un détour dans son parcours. Il en devient plutôt le fil rouge. Carole aime les deux disciplines sans avoir jamais voulu véritablement choisir son camp. Elle en garde surtout deux manières d’appréhender un même bâtiment : l’intention architecturale d’un côté, la réalité technique de l’autre.

Un professeur avait résumé cette position singulière par une formule dont elle se souvient encore : « Vous ne serez pas ingénieurs-architectes : vous serez des ingénieurs qui aiment bien les architectes ou des architectes qui aiment bien les ingénieurs. »
Aujourd’hui, elle sourit volontiers du paradoxe : après avoir validé deux formations, « finalement, je ne suis ni l’un ni l’autre ». Chez TASQ, pourtant, cette double formation prend tout son sens. En AMO, elle comprend ce que cherche l’architecte, ce qui contraint l’ingénieur et ce dont le maître d’ouvrage a besoin pour décider. Une capacité à passer d’un point de vue à l’autre qui devient un véritable atout pour faire avancer le projet.

Trouver sa place entre les lignes

Lorsqu’elle rejoint TASQ, Carole connaît encore assez peu l’assistance à maîtrise d’ouvrage. Après plusieurs années en direction de travaux dans un grand groupe, elle cherche une structure plus petite, mais aussi une autre façon d’aborder les projets. L’AMO l’intrigue autant qu’elle l’interroge : vue de l’extérieur, la mission peut-elle réellement peser sur un projet ?

Elle comprend rapidement que la réponse dépend aussi de ce qu’elle décide d’en faire.

Chez TASQ, les contours d’une mission peuvent évoluer pour s’adapter aux besoins du client et du projet. Carole apprécie cette liberté : identifier ce qui bloque, chercher le bon interlocuteur, proposer une solution, ajuster l’organisation. Là où le chantier impose des contraintes très concrètes de coût, de délai et d’exécution, l’AMO lui permet d’intervenir plus tôt et de prendre du recul.

Elle retrouve aujourd’hui cette diversité dans ses missions genevoises. Au cœur de la cité, elle accompagne une réhabilitation patrimoniale particulièrement complexe, où analyse des contraintes de rénovation et développement de l’aménagement avancent en parallèle. Près de Cornavin, le défi est différent : transformer un immeuble administratif des années 1960 en logements, ateliers-lofts et bureaux, tout en conservant sa structure porteuse et en le surélevant de 3 étages.

Des projets différents, des acteurs différents, des problèmes différents. Une diversité qui correspond exactement à ce qu’elle était venue chercher.

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Carole Bourgon chantier

Rénover plutôt que repartir de zéro

Cette nouvelle manière d’aborder les projets rejoint une autre conviction de Carole : construire n’est pas toujours la réponse. Les questions environnementales l’accompagnent depuis ses études. Lors d’une université d’été en Chine consacrée à la ville écologique, elle approfondit déjà les questions liées au développement durable et à l’évolution de nos manières de construire. Aujourd’hui, c’est naturellement vers la rénovation qu’elle se tourne. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui l’ont attirée chez TASQ. Transformer l’existant, changer un usage, conserver ce qui peut l’être : ces projets lui semblent particulièrement en phase avec les enjeux actuels du bâtiment.

Cette approche se retrouve aujourd’hui dans la mission qu’elle mène aux côtés de l’OCBA à Genève. Ici, pas un bâtiment mais tout un patrimoine à faire évoluer : TASQ accompagne la mise en œuvre de projets de rénovation énergétique sur plusieurs bâtiments de l’État, avec des opérations aux rythmes et aux niveaux de maturité différents.

Un terrain qui correspond bien à Carole : partir de l’existant, en comprendre les contraintes et coordonner les acteurs pour faire avancer plusieurs projets, chacun avec ses propres enjeux.

Mais la rénovation apporte aussi son lot d’inconnues. L’existant impose ses règles, les surprises apparaissent, les solutions prévues doivent parfois être revues. Loin de l’agacer, cette complexité semble plutôt correspondre à sa façon d’aborder le métier.

Mon rôle, ce n’est pas d’avoir toutes les réponses, mais de savoir vers qui me tourner pour les trouver. 

Un métier de liens

Cette capacité à chercher la réponse au bon endroit est au cœur de sa conception de l’AMO. Carole décrit volontiers son rôle comme celui d’une sorte de médiateur du projet. Le mot fait sourire, mais dit assez bien sa manière de travailler : comprendre les enjeux de chacun, identifier le bon interlocuteur et créer les conditions pour qu’une situation se débloque. Cette diversité humaine lui plaît autant que celle des projets. Architectes, ingénieurs, entreprises, maîtres d’ouvrage : chacun arrive avec son expertise et ses contraintes. Carole, elle, aime rester factuelle, revenir aux besoins et aux responsabilités, puis chercher ce qui permettra au projet d’avancer. Une posture qui demande aussi de savoir se montrer exigeante, fixer des échéances et relancer lorsqu’il le faut.

Les échanges directs occupent d’ailleurs une place importante dans sa manière de travailler. Malgré les trois ou quatre allers-retours hebdomadaires qui peuvent la conduire à Genève, elle choisit volontiers le bureau de Renens lorsqu’aucune réunion ne l’oblige à être ailleurs. Le travail solitaire l’attire peu : elle préfère croiser ses collègues et pouvoir échanger directement. À Genève, elle regroupe ses rendez-vous, travaille entre deux séances depuis un espace de coworking et, dès que les distances le permettent, se déplace à pied.

Avec Paul Herrmann, fondateur de TASQ, elle travaille en binôme sur ses projets. Quand leurs agendas ne leur permettent pas de se retrouver au bureau, les débriefs se glissent parfois dans un appel depuis le train entre Genève et Renens. Une organisation assez révélatrice de sa façon de travailler : structurée, mais jamais au détriment de l’échange.

Ce goût du contact se retrouve aussi dans la vie de l’équipe. Carole aime provoquer les occasions de partager un moment ensemble, notamment autour d’un repas. Dans un secteur où beaucoup de choses continuent à se jouer en présence, elle reste attachée à ces échanges directs et naturels.

Encore souvent seule femme autour de la table de réunion de chantier, elle constate que le bâtiment reste un univers très masculin, même si elle le voit évoluer au fil des années. Un sujet qu’elle préfère ne pas laisser la définir : Carole veut avant tout être considérée pour son travail.

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Carole Bourgon voyage

Tout prévoir. Sauf peut-être les vacances.

Il y a pourtant un domaine où Carole abandonne volontiers son goût des plannings : les voyages. Cet été encore, elle est partie avec son sac au dos en Asie avec un billet pour Hanoï et peu de certitudes sur la suite. Vietnam, Laos, un itinéraire construit au gré des envies… Une liberté qu’elle s’accorde depuis longtemps, après avoir notamment parcouru l’Amérique latine pendant six mois.

Le contraste avec sa vie professionnelle est assez net. Au travail, Carole aime que les échéances soient posées, les séances anticipées et les prochaines étapes identifiées. Une fois partie, elle accepte volontiers de ne pas savoir exactement où elle sera quelques jours plus tard.

Cette place laissée à l’imprévu se retrouve aussi dans le théâtre d’improvisation, qu’elle pratique depuis plusieurs années. Le reste de son temps libre se passe volontiers en mouvement : badminton en compétition interclubs, randonnée dans les montagnes suisses, ski ou raquettes en hiver.

Bouger, découvrir, changer de décor : Carole semble assez peu faite pour l’immobilité. Et pourtant, c’est aussi ce qu’elle aime dans son métier : à la fin, quelque chose reste. Derrière les séances, les tableaux, les délais et les problèmes à résoudre, il y a un bâtiment que d’autres habiteront, traverseront ou utiliseront.

Pour quelqu’un qui aime autant le mouvement, ce n’est peut-être pas le moindre des paradoxes que d’avoir choisi un métier qui laisse derrière lui des réalisations aussi solidement ancrées.